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Si Bruno Bettelheim avait jadis publié une célébrissime "Psychanalyse des contes de fées", parallèlement dans la première moitié du XXème siècle, un folkloriste russe Vladimir Propp a travaillé sur ces mêmes contes de fées pour en disséquer leur structure interne, comprendre un fonctionnment narratif et aboutir à une théorie connue sous le nom de "Morphologie du conte". C'est en prenant appui sur ces recherches qu'est né le spectacle "Manuel du merveilleux". Un spectacle qui mêle chorégraphie,musique, chant, image vidéo et acteur narrateur lequel explicite régulièrement au public la démarche et les composantes de ce genre littéraire particulier qu'est le conte. Des tableaux brefs, qui s'enchaînent tout en fluidité grâce à un jeu savant de panneaux amovibles qui découpent et réinventent l'espace scénique à chaque instant, un joueur de luth élégant, des costumes extraordinaires et impressionnent par le soin et l'inventivité, des décors épurés et poétiques tout concourt à faire de ce spectacle résolument extravagant une réussite incontestable. Que l'on puisse y croiser aussi bien des clones d'Elvis Presley, banane flanboyente, une licorne gracile qu'une madone en apesanteur, une méga-marionnette version royal de Luxe qu'un orgre dévorant des enfants, une drag-queen sensuelle qu'un androïde étrange, tout cela nous semble étrangement évident. L'alchimie de tous ces personnages baroques témoins de l'imaginaire collectif mais aussi à résonance universelle métamorphose un divertissement protéiforme et ludique en une réjouissance iconoclaste joyeusement subversive.