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Télérama - Mars 2011



La patte Castafiore est unique, mélange de scénarios futuristes, de décors extravagants et de bandes-son sophistiquées.
La nouvelle pièce de la compagnie, « Stand Alone Zone », s’annonce une fois encore rigoureusement délirante.
Dans un décor de jungle apocalyptique, des créatures mutantes vivent des aventures pour le moins inédites.
Une saga initiatique impulsée par l’imagination sans frein de la chorégraphe Marcia Barcellos et du metteur en scène-musicien Karl Biscuit.

Rosita Boisseau



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Danser - novembre 2010



De plus en plus, les univers visuels du cinéma ou de la peinture inspirent les chorégraphes. Marcia Barcellos et Karl Biscuit n'ont pas attendu la vague actuelle pour explorer les rapports entre écrans et scène.

En duo multidisciplinaire, ils analysent les genres de films et de narration pour les recomposer à la manière Castafiore. Et même si les nuances de gris dominent une oeuvre, comme dans Stand Alone Zone, les tableaux se suivent, hauts en couleurs. Cités futuristes, chinoiseries, souterrains, forêts, bêtes, féeries ou magie noire s'appuient sur Tarkovski et Méliès, mais quelques excursions vers le conte de fées, Magritte ou le Sacre de Nijinski peuvent se glisser dans le système.

Phantasmes et fantaisies, avec variations sur la Belle et la bête ou le film d'horreur ... La richesse est telle que chacun y trouvera moult référence, dans toutes les disciplines artistiques. Dans la fabrique à merveilles de Castafiore, le futurisme est de toutes les époques, mais ici c'est le XIXe siècle qui domine, avec ses constructions aériennes en fer forgé. Barcellos et ses danseurs ont développé leur propre langage gestuel, qui réunit précision quasi-robotique et rapidité stupéfiante. Aussi, les héros de cette

narration potentielle, dans leurs dialogues dansés, paraissent plus énigmatiques encore que les fulgurants décors visuels en 3D. La fusion et l'équilibre entre mouvement, composition sonore et images sont parfaits.

Pièce après pièce, Barcellos et Biscuit construisent leur propre futurisme, celui d'un spectacle total pour toutes les générations.

Thomas Hahn



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Le rideau s’ouvre sur un monde futuriste postapocalyptique né dans un imaginaire à la Bilal, un travail technique époustouflant avec des images de synthèse et une vision en 3D délimitant la scène. Le scénariste convoque Mélies pour dessiner des arbres volant dans des puits d’oxygène, un vaisseau spatial décollant pour un voyage infini, décors mêlant quelques rares éléments concrets et une luxuriance graphique dans les ruines d’une ville du futur. Ce qui est fascinant d’entrée, c’est la qualité de la fusion entre le réel et le virtuel, des personnages évoluent parmi d’autres « fantômes » sans que les limites entre les deux soient bien clairement définies. Parfois, les deux dimensions s’enchevêtrent et un animal émerge du décor pour kidnapper une danseuse. Franju à la rescousse pour cette histoire surréaliste d’un bébé atteint d’une maladie (il lui pousse des fleurs dans le cerveau) qui ne peut être sauvé que par un remède qu’il faut dénicher derrière les neuf salles secrètes gardées par un colosse. Déambulations dans cette ville en lambeaux, entre la poésie et l’aventure, le rêve et le cauchemar, spectacle écologique et dynamisant, une immense bouffée d’oxygène rythmée par les compositions savantes de Marcia Barcellos qui calque la chorégraphie sur les états d’âme des protagonistes. Un combat de boxe hypnotique dans une salle qui tournoie sur 360°, une descente inversée dans un ascenseur qui s’enfonce dans les entrailles de la terre, des mouvements syncopés, découpés dans le silence, la frénésie qui s’empare des danseurs, tout est en suspens, bien plus authentique que cette nature qui enferme nos rêves. C’est une plongée hallucinée, hallucinante dans un univers fantasmatique qui nous paraît si proche qu’on peut le caresser des yeux. Les costumes très sophistiqués, la musique empruntant du classique au bruitage avec des plages en sourdine composant un requiem moderne, l’agencement des couleurs (du rouge, du noir et des pastels !), tout est soigné, peint à la palette de la perfection, une prouesse quand on connaît les moyens dont dispose la compagnie, une preuve si besoin est que le génie peut, parfois, compenser les contraintes matérielles. Les Castafiore sont libres parce que le monde se plie à leurs désirs.

Ils réussissent à introduire, telle une composante à part entière du spectacle, le regard d’une vidéo qui occupe l’espace, envahit l’action et devient partie intégrante de l’œil du spectateur.



Une prouesse due à la combinaison de la maîtrise technique et à l’inventivité d’une gestuelle qui entraîne la plongée dans un univers de mystère. C’est la magie ancienne appliquée au monde du lendemain, ou le passé à la rencontre du futur au service d’une esthétique de la déraison.



Bernard Oheix